07/02/2011

Yvan LACHAUD est l'invité du lundi dans les colonnes de Midi-Libre

"Il est temps d'agir contre la délinquance des mineurs"

Pourquoi avez-vous proposé une nouvelle mission sur la délinquance au chef de l'État ?

Je considère qu'on a dépassé le simple sentiment d'insécurité. Lors de mes permanences, je constate qu'avant on me parlait beaucoup de problèmes de logement ou d'emploi, maintenant la délinquance prend le dessus. De par ma profession (directeur de l'institut d'Alzon, NDLR) et sur le terrain à Nîmes, je peux constater que les agressions sont quasi quotidiennes. J'ai la conviction que nous sommes dans une région où, dans certains endroits, les jeunes et les personnes âgées ne peuvent plus circuler librement à partir de 17 heures. Si l'on ne veut pas que d'autres partis s'occupent de cette question, je veux parler du FN, il est temps d'agir.

Pensez-vous réellement que la région soit plus touchée que d'autres ?

Oui, mais Nîmes n'est pas un cas unique. Dans le Nord, la banlieue parisienne, il y a aussi des territoires difficiles à gérer. La délinquance est inégalement répartie sur le territoire, ici nous cumulons les problèmes de précarité et de quartiers difficiles plus qu'ailleurs. Si le taux de délinquance des mineurs est à peu près équivalent partout en France, en revanche, la criminalité n'est pas la même. A Nîmes par exemple, 43,5 % de la délinquance de proximité est le fait de mineurs.

Quelle est votre démarche ?
Je m'intéresse au système. D'abord les plaintes : aujourd'hui, neuf sur dix ne sont pas élucidées. Dans le Gard, l'an dernier, 12 155 plaintes ont été déposées et seulement 1 057 élucidées. Il faut analyser pourquoi. Est-ce un problème de moyens pour enquêter ? Ensuite, la sanction. Aujourd'hui, un mineur est d'abord déféré au juge des enfants. Si c'est un primo délinquant, le plus souvent il rentre chez lui et il est placé sous contrôle judiciaire, en attendant une prise en charge par la protection judiciaire de la jeunesse. Ça peut prendre six mois et on n'a pas les moyens de le contrôler. Résultat : il n'y a pas de sanction immédiate.

  « Pourquoi ne pas créer des centres d'accueil immédiat pour mineurs délinquants ? »

  Que déduisez-vous d'ores et déjà de ces constats ?

On a jusqu'à fin avril pour réfléchir mais, déjà, je vois une chose : les centres éducatifs fermés fonctionnent bien, pourquoi ne pas créer des centres d'accueil immédiat pour les mineurs délinquants, tant qu'une solution n'est pas trouvée.

Comment imaginez-vous ces centres?

Un personnel spécialisé, des éducateurs, voire des structures militaires. On va le voir. Le garde des Sceaux n'est pas opposé à ça. Ça ne doit pas être la prison mais pas un 3 étoiles non plus. La société a besoin d'exemplarité.

Donnerez-vous le coût de vos mesures ?

Je m'y engage. D'ailleurs, deux inspecteurs de l'administration m'épaulent. Mais si on n'intervient pas on va se casser la gueule, on a le devoir d'y mettre du fric.

Vous constatez que tout acte délictueux mérite sanction, mais c'est ce que disait le candidat Sarkozy en 2007. Votre mission ne vient-elle pas un peu tard ?

Il a essayé de faire des trucs mais c'est compliqué. A l'aune de Paris, on ne voit pas tout ça.

On a coutume de dire que la droite préfère réprimer et la gauche prévenir. Pensez-vous à des mesures pour prévenir la délinquance des mineurs ?

Tout ce qui est du domaine de la prévention doit se faire mais ce n'est pas antinomique avec la répression. Dans le système actuel, la sanction ne tombe pas. Je suis un homme de la prévention. Quand on veut enlever des enseignants en primaire, je dis stop, on a touché à l'os. Mais l'école n'est pas là pour éduquer des jeunes en dehors de la norme et dont les familles ont abandonné leur rôle éducatif.

Comment envisagez-vous de mettre en œuvre ces mesures et dans quel délai ?

Le rapport doit être rendu en mai, je voudrais qu'ensuite il y ait un projet de loi. Le garde des Sceaux est d'accord. Après, je vais proposer des expérimentations qui pourraient être lancées d'ici la fin de l'année et pourquoi pas dans le Gard ? Ça peut aller vite.

Propos recueillis par François CHARCELLAY et Jean-Pierre SOUCHE

Retrouvez l'intégralité de son interview sur Midi-Libre.com

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